Non. Mais il y a des risques réels, et ils ne sont pas là où vous les imaginez.
Le danger ne vient pas de la transe. Il vient de trois choses très concrètes : ce que les gens croient de l’hypnose avant de monter sur scène, l’absence de sélection des volontaires, et ce que l’hypnotiseur décide de faire de l’autorité que la scène lui donne.
Je vais être honnête avec vous, parce que c’est la seule façon de traiter ce sujet correctement. La plupart des articles écrits par des hypnotiseurs vous diront que tout va bien, circulez. La littérature scientifique ne dit pas ça. Plusieurs chercheurs considèrent même le spectacle comme le contexte le plus à risque de toutes les applications de l’hypnose.
Et je vais commencer par vous raconter un spectacle où j’ai vraiment eu peur.
Le soir où j’ai failli tout arrêter
C’était il y a plusieurs années, à mes débuts. Six mois de pratique environ. Une cinquantaine de personnes, une salle où l’air ne circulait pas et où il faisait une chaleur épouvantable.
Trois incidents dans la même soirée.
Le premier signal, avant même de commencer
Je fais mon test de sélection classique, celui des doigts aimantés. Une participante n’arrive pas à décoller ses doigts. Jusque-là, tout va bien : c’est exactement ce que la suggestion est censée produire.
Sauf que la suggestion inverse ne fonctionne pas non plus. Ses doigts restent collés. Plusieurs minutes.
Sur le moment, j’ai cru que j’avais fait une suggestion trop puissante. J’avais tort, et c’était même exactement l’inverse. Dans sa tête, une suggestion d’hypnose était un ordre définitif, quelque chose qu’on ne peut pas annuler. C’est cette croyance qui bloquait ses doigts. Et c’est la même croyance qui empêchait ma suggestion inverse d’agir.
J’ai pris le temps de reconstruire ça avec elle avant le spectacle, en lui expliquant simplement qu’une suggestion peut toujours en annuler une autre. C’était le bon réflexe. Mais à ce moment-là, je ne comprenais pas pourquoi.
Le deuxième, pendant l’induction
Une volontaire se met à pleurer.
C’est ce qu’on appelle une abréaction : une émotion forte qui remonte pendant la séance. Le réflexe naturel serait de bloquer ça immédiatement. C’est précisément ce qu’il ne faut pas faire, il faut laisser l’émotion s’exprimer. Le problème, c’est qu’on était devant cinquante personnes, et que pleurer en public n’a rien d’agréable.
J’ai mis le spectacle en pause.
Je l’ai emmenée dans une salle à côté pour la faire revenir progressivement, avec des suggestions positives, en laissant l’émotion passer. Ça a été plus rapide que ce que je craignais. Je l’ai ensuite installée au premier rang pour continuer à surveiller son état, et j’ai repris sans elle.
Cinquante personnes qui attendent, tant pis. Ce n’est pas négociable.
Le troisième, au réveil
Là, c’était le pire.
Deux volontaires ne reviennent pas. La première, celle des doigts, n’arrive plus à se lever. La seconde ne parle plus et ne reconnaît pas son propre fils.
Il faut que je sois clair : rien de dangereux ne se passait. Ni l’une ni l’autre n’était en difficulté physique. Mais essayez d’expliquer ça à une salle qui regarde une mère ne pas reconnaître son enfant. Je n’ai pas essayé, d’ailleurs. Ce n’était pas le moment.
J’ai pris chaque personne séparément. Dix minutes pour la première. Beaucoup plus pour la seconde. Puis je suis resté une bonne demi-heure en observation, après que tout soit rentré dans l’ordre.
J’ai mis des années à comprendre ce qui s’était réellement passé ce soir-là. Et ce n’était pas ce que je croyais.
Je raconte cette soirée en détail dans cette vidéo.
Ce que la recherche m’a appris sur cette soirée
À l’époque, j’ai mis ça sur le compte de la chaleur et de mon inexpérience. C’était un peu court.
En relisant ces trois incidents avec ce que dit la littérature, l’explication est plus précise. Et elle est double, ce qui est la partie intéressante.
Deux des trois incidents venaient des croyances. Les doigts bloqués et la difficulté au réveil ont exactement la même origine : ce que ces personnes croyaient de l’hypnose avant de monter sur scène. Une suggestion perçue comme irréversible. Un réveil compris comme quelque chose qu’on doit leur faire, au lieu d’un cadre qui se referme.
Mon introduction avait présenté le spectacle. Elle n’avait pas déconstruit leurs représentations. Tout s’est joué là, avant même la première induction.
Le troisième, non. J’ai longtemps cru que j’avais provoqué cette abréaction par maladresse. La recherche dit autre chose : une réaction émotionnelle intense peut survenir chez quelqu’un qui porte une fragilité que parfois il ignore lui-même. Aucune explication préalable ne l’aurait évitée.
Ce qui compte dans ce cas, ce n’est pas la prévention. C’est la réaction. Et sur ce point précis, j’avais fait ce qu’il fallait.
Ma conclusion tient donc en deux phrases, et il m’a fallu du temps pour les formuler :
Ce que vous dites avant de commencer détermine la majorité de ce qui peut mal tourner ensuite. L’introduction d’un spectacle n’est pas une mise en ambiance, c’est le principal outil de prévention.
Mais tout ne se prévient pas. Certaines réactions arrivent quoi qu’on fasse. La sélection en amont les rend rares. La capacité à s’arrêter net les rend inoffensives.
À l’époque, j’avais appris l’hypnose en autodidacte, par les livres et la pratique. Ma technique tenait la route. Ma compréhension de ce qui se joue chez la personne en face, non. Je me suis formé de façon certifiante ensuite, dans un cadre thérapeutique, et c’est ce qui m’a permis de relire correctement cette soirée.
Maintenant, entrons dans le détail de ce que dit vraiment la science. Parce qu’il y a beaucoup de mythes à démonter, y compris des mythes rassurants que les hypnotiseurs répètent en boucle.

Que se passe-t-il vraiment dans le cerveau ?
Des choses mesurables. L’hypnose n’est ni du sommeil, ni de la comédie.
En 2016, une équipe de Stanford dirigée par David Spiegel a publié une étude en IRM fonctionnelle sur 57 participants. Trois modifications ont été observées, uniquement chez les participants hautement hypnotisables et uniquement pendant l’état hypnotique, donc bien différentes de l’état de repos ou de simple remémoration.
Medscape
Ce qu’ils ont mesuré, en clair :
Une baisse d’activité dans le cortex cingulaire antérieur dorsal, la région qui trie les informations et décide de ce qui mérite votre attention. En pratique, l’attention se resserre sur un point.
Medscape
Une connexion renforcée entre le cortex préfrontal dorso-latéral et l’insula, ce que Spiegel décrit comme une connexion corps-esprit qui aide le cerveau à percevoir et contrôler ce qui se passe dans le corps.
Psychomédia
Moins de connexions entre le cortex préfrontal dorsolatéral et le réseau du mode par défaut, ce qui est compatible avec une déconnexion entre les actions d’une personne et la conscience qu’elle en a.
Medscape
Ce troisième point est celui qui compte le plus, et j’y reviens plus bas. Il touche au sentiment d’être l’auteur de ses propres actes.
Jiang H, White MP, Greicius MD, Waelde LC, Spiegel D. Brain Activity and Functional Connectivity Associated with Hypnosis. Cerebral Cortex, 2016. DOI : 10.1093/cercor/bhw220
Attention quand même
Je pourrais m’arrêter là et vous laisser avec une belle image de cerveau. Ce serait malhonnête.
Aucune méta-analyse n’a identifié à ce jour de signature neuronale universelle de l’hypnose. Les résultats de Spiegel n’ont pas été répliqués systématiquement. Et il y a un problème de méthode qui traverse tout ce domaine : ce qu’on voit à l’IRM dépend beaucoup de la suggestion donnée pendant l’examen. Une suggestion de relaxation n’allume pas les mêmes zones qu’une suggestion de paralysie. Ce qu’on mesure est peut-être l’effet de cette suggestion-là, pas l’hypnose en soi.
Il existe d’ailleurs tout un courant de recherche, l’approche socio-cognitive portée notamment par Irving Kirsch et Steven Jay Lynn, pour qui l’hypnose n’est pas un état de conscience particulier. Ce serait un ensemble de phénomènes qui s’expliquent par les attentes, la motivation, l’imagination et le contexte social.
Le débat n’est pas tranché. Et il a des conséquences très concrètes sur la sécurité, comme vous allez le voir.
Une précision de vocabulaire, tant qu’on y est. J’emploie les mots « transe » et « profondeur » dans cet article parce que ce sont les termes d’usage et que tout le monde les comprend. Sachez simplement que la recherche conteste sérieusement l’idée d’une profondeur mesurable. Ce qu’on appelle une transe profonde correspond surtout à une absorption attentionnelle très forte, pas à une descente dans un état second.
Quelques inductions filmées en spectacle.
Tout le monde est-il hypnotisable ?
La réceptivité varie beaucoup d’une personne à l’autre. On la mesure depuis les années 1960 avec des échelles standardisées, principalement la Stanford Hypnotic Susceptibility Scale et la Harvard Group Scale.
L’ordre de grandeur habituellement retenu : environ 10 à 15 % de personnes très réceptives, une large majorité moyennement réceptive, et 10 à 15 % peu ou pas réceptives.
Une nuance, rarement mentionnée. On a longtemps affirmé que l’hypnotisabilité suivait une courbe en cloche, et c’est effectivement ce qu’on observe dans la plupart des échantillons de standardisation de l’échelle de Harvard. Mais une distribution bimodale était apparue dès les travaux de standardisation de l’échelle de Stanford, et la question de savoir si l’hypnotisabilité relève d’une catégorie distincte ou d’un continuum occupe toujours les chercheurs. Les analyses statistiques restent contradictoires sur l’existence d’un sous-groupe réellement distinct de sujets très réceptifs.
bioRxiv
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Ce que mon test sur scène mesure vraiment
Voilà un point que j’ai mis du temps à admettre, et que vous ne lirez nulle part ailleurs sur un site d’hypnotiseur.
Mon test des doigts aimantés ne détecte pas les fameux 10 à 15 % de virtuoses. Ce type de test, dit idéomoteur, est classé parmi les tâches faciles dans les échelles validées. Une large partie de la population y répond.
Ce que je sélectionne réellement sur scène, c’est un mélange : une réponse idéomotrice de base, plus de l’extraversion, plus une envie de jouer le jeu. Michael Heap, qui est probablement le meilleur spécialiste des questions liées à l’hypnose de spectacle, l’explique bien : la différence entre un patient en cabinet et un volontaire sur scène tient largement au contexte, aux attentes du public et à la personnalité, pas à une profondeur d’hypnose supérieure.
Autrement dit : le facteur social pèse énormément dans ce qui se passe sur une scène. Retenez ça, c’est la clé de la section suivante.
Peut-on me faire faire quelque chose contre ma volonté ?
C’est la question qu’on me pose le plus souvent. Et la réponse honnête est plus dérangeante que celle qu’on lit partout.
Commençons par évacuer une phrase que vous trouverez sur pratiquement tous les sites d’hypnotiseurs : « l’hypnose ne peut pas vous faire agir contre vos valeurs ». C’est rassurant. Ce n’est pas ce que montrent les données.
L’expérience qui a tout changé
En 1965, Martin Orne et Frederick Evans publient dans le Journal of Personality and Social Psychology une expérience qui n’aurait jamais reçu d’autorisation aujourd’hui.
Le protocole était brutal. On demandait aux participants de saisir un serpent venimeux, de retirer à main nue une pièce plongée dans de l’acide nitrique concentré, puis de jeter cet acide au visage d’un assistant.
bioRxiv
Cinq des six sujets profondément hypnotisés ont exécuté toutes les tâches demandées.
bioRxiv
Vu comme ça, c’est accablant pour l’hypnose. Sauf qu’Orne avait ajouté un groupe contrôle auquel ses prédécesseurs n’avaient pas pensé : six personnes non hypnotisables, entraînées à simuler la transe pour tromper l’hypnotiseur, lui-même tenu dans l’ignorance de qui était réellement hypnotisé.
Les six simulateurs ont tous tenté d’accomplir les mêmes actes apparemment dangereux, au moins aussi facilement que les sujets réellement hypnotisés. Un groupe témoin parfaitement éveillé, simplement soumis à la même attente de conformité, a fait pareil.
bioRxiv
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L’explication donnée par les participants eux-mêmes : ils se sentaient en sécurité parce qu’ils participaient à une recherche menée par des scientifiques compétents et responsables. Les tâches leur paraissaient relever de ce qu’un contexte expérimental rend légitime.
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Ce n’était donc pas l’hypnose. C’était le cadre.
Et Orne va plus loin, dans une phrase que je trouve vertigineuse : il n’a pas été possible de trouver un comportement suffisamment inoffensif pour être demandé à un sujet, et que celui-ci refuse d’accomplir, dès lors qu’on lui communiquait l’attente qu’il s’exécute.
bioRxiv
Orne MT, Evans FJ. Social Control in the Psychological Experiment: Antisocial Behavior and Hypnosis. Journal of Personality and Social Psychology, 1965, 1, 189-200.
Ce que ça veut dire sur une scène
Il faut maintenant articuler ce résultat avec l’imagerie cérébrale, sans choisir la théorie la plus arrangeante selon le moment. C’est un piège dans lequel beaucoup tombent, moi le premier avant de creuser.
L’étude de Spiegel montre une déconnexion partielle entre les actions d’une personne et la conscience qu’elle en a. Attention à ce que ça signifie exactement : l’IRM ne prouve pas que la personne perd sa capacité de contrôle. Elle montre que le cerveau modifie sa façon de s’auto-évaluer. Le volontaire produit lui-même l’action, mais il l’attribue à l’hypnotiseur. Ce n’est pas le libre arbitre qui diminue, c’est l’expérience consciente qu’on en a.
Les travaux d’Orne montrent, eux, que le contexte d’autorité produit à lui seul une obéissance considérable, sans aucune hypnose.
Ces deux mécanismes ne s’opposent pas. Ils s’additionnent.
Sur scène, un volontaire dispose d’une permission sociale que le cadre du spectacle lui accorde. Il attribue ses actes à l’hypnotiseur, sincèrement. Il perçoit l’attente du public. Et il a lui-même choisi de monter.
Prétendre dans ces conditions qu’il garde une pleine capacité de décision serait malhonnête.
Alors disons les choses simplement : le consentement se donne avant de monter sur scène, pas pendant. C’est pour ça que ce qui est annoncé au public au début a une valeur que le déroulé du spectacle n’a plus.
Et c’est pour ça que l’éthique d’un hypnotiseur n’est pas un argument marketing. C’est la seule protection réelle du volontaire. Rien ne l’empêche mécaniquement d’en abuser, à part lui-même.
Ma règle tient en une phrase : on rit avec la personne, jamais à ses dépens. Pas de suggestion à connotation sexuelle, pas de mise en scène dégradante, rien qui puisse être ressorti contre quelqu’un le lundi matin au bureau. Quelqu’un qui repart humilié, c’est un spectacle raté, pas un moment fort.
Quand un client me demande une suggestion qui franchit cette ligne, je refuse et je propose autre chose.

Peut-on rester bloqué sous hypnose ?
Non. Personne n’est jamais resté coincé durablement dans un état hypnotique.
Mais des difficultés à ramener quelqu’un existent, j’en ai vécu deux dans la même soirée. Elles ont deux origines différentes, et c’est utile de les distinguer parce qu’elles n’appellent pas la même réponse.
Il y a ce qui vient des croyances. Quelqu’un persuadé qu’une suggestion est irréversible agira en conséquence. Cette personne ne simule pas, elle vit vraiment le blocage. Mais c’est sa représentation de l’hypnose qui le produit. Ça couvre la majorité des cas, dont deux des trois incidents que je vous ai racontés.
Et il y a ce qui ne se prévient pas. Chez quelqu’un portant un trauma ou une fragilité dissociative, l’induction peut réactiver des mémoires émotionnelles et déclencher une réaction intense. C’est un processus psychologique, pas un court-circuit biologique, mais ça ne le rend ni prévisible ni évitable par une explication préalable. La personne elle-même peut ignorer sa vulnérabilité.
Cette distinction change la façon de comprendre le réveil.
Le réveil n’est pas une manœuvre physiologique qui remettrait un cerveau à zéro. C’est un cadre explicite qui signale que la séquence est terminée. Ça ne le rend pas facultatif, au contraire : des défauts de déshypnotisation et de réveil précèdent la plupart des événements indésirables recensés dans la littérature.
ResearchGate
Le cas de décès le plus souvent cité pour attaquer l’hypnose de spectacle illustre exactement ça. Après analyse, les auteurs concluent que c’est la suggestion utilisée pour terminer l’hypnose, qui évoquait une décharge électrique à travers le siège des participants, et non l’hypnose elle-même, qui était inappropriée, et qui a pu affecter cette personne en raison de sa phobie de l’électricité. Ils précisent que ces cas n’impliquent aucune obligation d’avertir les participants que la mort serait une conséquence possible de l’hypnose.
ResearchGate
ResearchGate
Le danger ne vient pas de l’état hypnotique. Il vient de ce qu’on y met, et de la façon dont on en sort.
Un détail que peu de gens connaissent, d’ailleurs : le public n’est pas passif. Pendant un spectacle, des spectateurs assis dans la salle captent des suggestions sans jamais monter sur scène. Un réveil qui ne s’adresse qu’aux volontaires laisse ces gens de côté. C’est pour ça que je réveille la salle entière.
Alors, c’est risqué ou pas ?
Voyons ce que dit la littérature, en séparant l’hypnose en général du spectacle en particulier.
En clinique, le bilan est bon
Mais la formulation exacte compte, parce qu’elle circule souvent déformée.
Une revue systématique publiée en 2024 par Rosendahl, Alldredge et Haddenhorst dans Frontiers in Psychology a analysé 49 méta-analyses portant sur 261 études primaires. Vous lirez partout qu’elle conclut à l’absence d’effets indésirables graves.
University of Pennsylvania - School of Arts & Sciences
Ce n’est pas ce qu’elle dit.
Dans deux des études incluses, les données sur les événements indésirables ne montraient aucune différence significative entre le groupe hypnose et le groupe contrôle. Les 28 autres revues ne contenaient aucune information sur la sécurité.
nih
La conclusion honnête n’est donc pas « on n’a rien constaté ». C’est « on n’a presque jamais mesuré ». Absence de données ne veut pas dire preuve d’innocuité, et je préfère vous le dire même si ça dessert mon métier.
Rosendahl J, Alldredge CT, Haddenhorst A. Meta-analytic evidence on the efficacy of hypnosis for mental and somatic health issues: a 20-year perspective. Frontiers in Psychology, 2024. DOI : 10.3389/fpsyg.2023.1330238
Sur scène, les chercheurs sont plus sévères
Et ils ont leurs raisons. Le spectacle cumule ce que la clinique élimine par construction : pas de sélection médicale, un public, une pression sociale, un temps limité, et souvent de l’alcool.
Frank MacHovec estimait que l’hypnose de spectacle génère deux fois plus d’effets indésirables que l’hypnose clinique ou de recherche, sauf si deux conditions sont réunies : une sélection soigneuse des participants et un réveil rigoureux. D’autres chercheurs ont exprimé des réserves comparables, notamment Echterling et Emmerling, Gruzelier, Heap, Mott et Schultz.
Taylor & Francis Online
Taylor & Francis Online
Je cite volontairement ces critiques. Un hypnotiseur qui vous dit que la littérature est unanimement rassurante ne l’a pas lue.
Notez bien la formulation de MacHovec : il ne condamne pas la pratique, il l’assortit de conditions. Et ces conditions dépendent entièrement de l’hypnotiseur que vous avez en face de vous.
Combien d’incidents, réellement ?
Très peu de cas documentés, et c’est un problème en soi.
Des chercheurs ayant passé en revue les publications anglophones n’ont trouvé que deux cas formellement documentés de préjudice lié à l’hypnose de divertissement, alors que la presse en rapporte davantage.
ScienceInsights
L’écart s’explique : les participants ne font souvent pas le lien entre leurs symptômes et le spectacle, ne savent pas où signaler, ou sont gênés d’avoir été volontaires.
ScienceInsights
Personne ne connaît le vrai chiffre. Ni ceux qui affirment que c’est totalement sûr, ni ceux qui réclament l’interdiction.
Qui est réellement à risque ?
Ici, je dois corriger quelque chose que j’ai moi-même longtemps répété.
On dit souvent que les personnes souffrant de troubles psychotiques sont vulnérables parce qu’elles seraient plus suggestibles. C’est faux. Les travaux sur le sujet montrent plutôt des scores de suggestibilité inférieurs ou équivalents à la moyenne chez les patients schizophrènes.
Le risque est ailleurs, et il est réel. L’hypnose invite à estomper la frontière entre imagination et réalité. Chez quelqu’un dont l’évaluation de la réalité est déjà fragile, ça peut alimenter un épisode délirant. Ce n’est pas une question d’hyper-réceptivité, c’est une question de fragilité du test de réalité.
Même logique pour les troubles dissociatifs, où l’induction peut favoriser une dissociation pathologique.
Les complications sérieuses documentées, comme les épisodes dissociatifs prolongés, les crises convulsives ou l’aggravation de troubles existants, sont survenues presque exclusivement dans deux contextes : l’usage clinique auprès de patients vulnérables, et le spectacle. Dans les deux cas, le point commun est l’absence de sélection appropriée.
ScienceInsights
C’est la phrase la plus importante de tout cet article. Le facteur causal identifié par la recherche n’est pas la transe. C’est le fait de ne pas avoir vérifié qui monte sur scène.
Mon protocole, concrètement
Chaque point vient d’une situation vécue, pas d’un manuel.
1. Une introduction qui casse les croyances
C’est le point le plus important, et celui que la plupart des articles traitent comme un détail.
Avant la moindre induction, j’explique ce qu’est l’hypnose et surtout ce qu’elle n’est pas. Pas un don, pas de la magie, rien de surnaturel. Aucune suggestion n’est irréversible. Le spectacle se termine et tout le monde repart comme il est arrivé.
J’annonce aussi ce que le spectacle ne sera pas : rien d’humiliant, rien de dégradant.
Ça corrige les croyances qui produisent la majorité des incidents. Et comme le consentement se donne avant, c’est là qu’il se construit vraiment.
2. Des contre-indications annoncées à voix haute
J’annonce que certaines personnes assisteront au spectacle sans monter sur scène :
- les femmes enceintes,
- les enfants,
- les personnes ayant des problèmes de santé physique ou psychologique,
- les personnes ayant des problèmes cardiaques.
Précision honnête, parce que je ne veux pas faire passer de la prudence pour de la science : ces exclusions ne correspondent pas toutes à un risque médical établi. L’hypnose est largement utilisée en obstétrique pour gérer la douleur pendant l’accouchement, donc la grossesse n’est pas une contre-indication médicale. Sur scène, c’est une prudence que j’assume, liée au contexte d’émotion forte et de public.
En revanche, l’exclusion des fragilités psychologiques correspond bien au seul risque clairement documenté par la littérature.
L’annonce est faite devant tout le monde, avant les tests. Comme ça, chacun peut s’exclure sans avoir à se justifier ni à révéler quoi que ce soit en public.
3. Deux verres maximum
Je demande systématiquement aux volontaires combien de verres ils ont bus. Au-delà de deux, la personne ne monte pas.
Quand c’est possible, j’interviens avant que la consommation ne commence. Sur un mariage ou une soirée d’entreprise, le moment où on place le spectacle dans la soirée est un vrai paramètre de sécurité, pas un détail d’organisation.
4. Cinq à huit personnes, jamais plus
Je suis seul à assurer la sécurité. Au-delà de huit, si deux situations arrivent en même temps, je ne peux pas les gérer correctement.
C’est une limite technique, pas commerciale. Un spectacle avec quinze personnes sur scène est plus impressionnant. Il est aussi moins sûr.
5. Un double filtre
Le test identifie les personnes qui répondent bien. Ensuite intervient un second filtre, celui du volontariat : parmi elles, toutes ne veulent pas monter. Tant mieux. Je ne prends que celles qui le souhaitent vraiment.
Personne ne se retrouve sur scène par pression sociale. Après avoir lu Orne, ce point me paraît encore plus essentiel qu’avant.
6. La capacité de s’arrêter
Certaines réactions ne se préviennent pas. Un hypnotiseur doit pouvoir interrompre son spectacle, sortir quelqu’un de la salle et prendre le temps nécessaire.
Ça suppose d’accepter de casser le rythme devant un public qui attend. C’est là que beaucoup cèdent. C’est exactement là qu’il ne faut pas céder.
7. Une fin explicite, salle comprise
Mon réveil combine visualisation, sensations et retour d’énergie progressif. Il s’adresse aux volontaires et au public, pour la raison expliquée plus haut.
Ensuite, je vérifie chaque volontaire individuellement. Si quelqu’un met du temps, je prends ce temps, autant qu’il en faut, et je reste en observation après.
C’est la partie la moins spectaculaire du métier. C’est aussi celle qui sépare un professionnel d’un amateur.
Et légalement, en France ?
L’hypnose de spectacle n’est pas interdite et ne fait l’objet d’aucune réglementation spécifique. Le débat sur son encadrement existe, et plusieurs praticiens appliquent déjà des recommandations strictes sans qu’aucune réglementation ne l’ait imposé.
Hypnose95
Une précision qui compte : l’hypnose de spectacle, c’est du divertissement, jamais du soin. Elle ne traite rien, ne diagnostique rien, et ne remplace aucun accompagnement thérapeutique. Ce sont deux métiers différents.
Ce qu’il faut retenir
L’hypnose de spectacle n’est pas dangereuse en elle-même. Les risques existent, ils sont documentés, et ils dépendent presque entièrement de l’hypnotiseur.
- Les croyances. La majorité des incidents viennent d’une représentation erronée de l’hypnose, qu’on n’a pas corrigée avant de commencer.
- La sélection. Les complications graves recensées surviennent presque toujours quand personne n’a filtré les participants.
- La fin du spectacle. Les défauts de réveil précèdent la plupart des événements indésirables.
- L’éthique. Le cadre de scène lève réellement des inhibitions. Rien n’empêche un hypnotiseur d’en abuser, à part lui-même.
Les cinq questions à poser avant de réserver
- Que dites-vous exactement au public avant de commencer ?
- Quelles contre-indications annoncez-vous, et comment ?
- Combien de personnes maximum sur scène, et pourquoi ce nombre ?
- Quelle est votre règle sur l’alcool ?
- Que faites-vous si un volontaire réagit mal pendant le spectacle ?
Un professionnel répond à ces cinq questions sans hésiter. Si les réponses restent vagues, c’est un signal.
Et si vous avez une question sur votre propre événement, écrivez-moi. Je réponds sous 24 heures.
