Un soir, à la fin d’un spectacle, un spectateur est venu me voir avec une question très sérieuse. Il voulait savoir combien je payais les volontaires. Il ne cherchait pas à me piéger, l’idée l’attirait vraiment : il se voyait déjà gagner quelques billets en faisant semblant de dormir sur une scène.
J’ai dû le décevoir. Personne n’est payé, et le petit boulot qu’il imaginait n’existe pas. Sa question dit pourtant bien ce que beaucoup de gens pensent tout bas de l’hypnose de spectacle. Ce qui se passe sur scène a l’air tellement gros que le trucage finit par sembler l’explication la plus sage.
La question est légitime, et j’aime autant y répondre pour de vrai que faire semblant de ne pas l’entendre. Alors allons-y. Un spectacle d’hypnose, est-ce truqué ? Y a-t-il des complices ? Et si la réponse est non, pourquoi a-t-on à ce point l’impression que les gens font semblant ?
Un spectacle d’hypnose est-il truqué ?
Non. Un spectacle d’hypnose n’est pas truqué : il s’appuie sur un phénomène réel, étudié depuis plus d’un siècle, et ce que vous voyez sur scène arrive pour de bon. Ce qui brouille les pistes, c’est que l’hypnose tient de deux choses en même temps, un mécanisme scientifique bien réel et une mise en scène de spectacle. Le public voit la mise en scène et en conclut que le reste est joué aussi. C’est là que le raccourci se fait.
Il faut d’abord distinguer deux reproches qu’on mélange souvent. Le premier : les gens sur scène seraient des complices, payés ou recrutés à l’avance. Le second : ils monteraient sincèrement, mais joueraient la comédie une fois là-haut. Ces deux accusations n’appellent pas la même réponse, alors je vais les traiter séparément.
Y a-t-il des complices payés dans un spectacle d’hypnose ?
Non, il n’y a pas de complices. Je ne connais pas les personnes qui montent sur scène. Elles sortent du public, retenues pour leur réceptivité et pour rien d’autre, et je n’ai aucun contact avec elles avant de commencer. On m’imagine pourtant souvent en train de payer des figurants ou de les recruter discrètement à l’entrée.
Ma réponse tient d’abord en une phrase, celle que je donne toujours : si mon métier consistait à payer des gens pour faire semblant de dormir, ce serait un métier bien triste. Ce qui rend l’hypnose fascinante, c’est justement qu’elle est réelle. Tricher, ce serait détruire de mes propres mains la seule chose qui donne de la valeur à ce que je fais.
Et sur le plan pratique, le complice ne résiste pas à l’examen. Chaque spectacle réunit des volontaires différents, dans une ville différente, devant un public différent. Il faudrait donc recruter et briefer de nouveaux complices à chaque date, obtenir qu’aucun ne parle jamais, et espérer que personne ne se trahisse un soir de fatigue. Personne ne travaille comme ça, et pour une bonne raison : ce serait bien plus pénible que d’apprendre à faire de la vraie hypnose.
Peut-on être « convaincu » de monter, ou poussé par la pression sociale ?
Certains laissent tomber le complice payé pour une version plus fine : « d’accord, tu ne les paies pas, mais tu les pousses, tu les convaincs, et une fois là-haut ils n’osent plus se dégonfler devant la salle ». Cette fois, l’accusation vise la pression du groupe.
Cette pression existe, je ne vais pas dire le contraire. Le regard des autres pèse toujours un peu, et il peut jouer au moment de lever la main pour monter. Seulement, il ne va pas plus loin. La gêne sociale peut convaincre quelqu’un de se porter volontaire, elle ne lui fera jamais oublier son prénom, sentir un objet peser une tonne ni voir un proche sous les traits d’un extraterrestre. Entre accepter de monter et vivre une hallucination, il y a un fossé qu’aucune timidité ne franchit.
Il existe d’ailleurs une preuve toute bête que ce n’est pas qu’une affaire de pression sociale : si c’en était une, plus personne ne redescendrait jamais de scène. Or il m’arrive régulièrement de raccompagner des gens dans le public.
Pourquoi certains volontaires redescendent-ils de scène ?

Ça m’arrive plus souvent qu’on ne le croit. Il me faut parfois ramener quelqu’un à sa place en plein spectacle. Tantôt parce que la personne ne se sent pas assez à l’aise, et que mon premier travail est de veiller au bien-être de ceux qui sont sur scène. Tantôt parce qu’elle ne prend plus les suggestions : je la laisse alors tranquille sans plus la solliciter, ou je la raccompagne franchement.
Ce point paraît secondaire, il est sans doute mon meilleur argument. Un trucage marcherait à tous les coups. Un numéro réglé d’avance n’a pas de ratés, c’est le principe même. Si l’hypnose de spectacle reposait sur des complices ou sur la pression du groupe, elle fonctionnerait sur tout le monde, à chaque fois, sans accroc. C’est exactement l’inverse qui se passe. Elle prend fort chez les uns, moins chez les autres, parfois pas du tout. Cette irrégularité est la marque du réel. On ne renvoie pas un complice dans le public.
Alors pourquoi a-t-on l’impression que les gens font semblant ?
Voici la question qui m’intéresse le plus, parce qu’il y a effectivement des moments où l’on jurerait que la personne en fait trop. Et c’est justement là que se cache la preuve que rien n’est joué.
Imaginez que ces gens soient des comédiens. Un acteur qui joue l’oubli le ferait avec aisance, de façon crédible, avec le naturel de quelqu’un qui a répété sa scène. Un acteur qui joue la surprise vous servirait une belle surprise bien lisible. Ce n’est pas du tout ce qu’on voit sur une scène d’hypnose. On y voit des réactions à contretemps, un geste maladroit, une réponse de travers, un décalage bizarre. Ça ne fait pas naturel, et c’est précisément ce qui pousse à penser « il fait semblant ».
Sauf que ce qui vous paraît faux, c’est la maladresse de la réaction. Et cette maladresse est exactement ce qu’un acteur chercherait à éviter. Les personnes sur scène ne sont pas des comédiens, elles ne savent pas « bien jouer » l’hypnose, alors elles réagissent brut, parfois de façon étrange. L’état hypnotique et l’ambiance du spectacle provoquent des comportements qui ne ressemblent à aucun jeu d’acteur, et c’est ce côté bancal qui déroute. Si tout était truqué, ce serait plus propre, donc plus convaincant. La maladresse, loin d’être un aveu, est la garantie que c’est vrai.
L’hypnose fonctionne-t-elle même sur les sceptiques ?
Oui, et c’est même devenu un classique pour moi. J’hypnotise régulièrement des personnes qui m’avaient prévenu, sûres d’elles, qu’elles n’y croyaient pas une seconde et que ça ne marcherait jamais sur elles.
Ça déroute, parce qu’on se figure que l’hypnose attrape surtout les gens crédules, faciles à influencer, prêts à tout avaler. C’est faux. La réceptivité n’a rien à voir avec la naïveté ni avec la solidité du caractère. C’est une aptitude, un peu comme le sens du rythme quand on danse : on l’a plus ou moins, et ça ne dépend pas de ce qu’on pense de l’hypnose. Des esprits brillants et méfiants y entrent d’un coup, des gens ouverts et enthousiastes y résistent longtemps. Croire ou ne pas croire ne pèse pas lourd dans l’affaire. Ce qui compte, c’est la capacité à lâcher prise et à suivre son imagination, et celle-là ne se décide pas sur commande.
Comment être vraiment sûr que ce n’est pas truqué ?
Vous pouvez lire tous les arguments possibles, il en restera toujours un petit doute au fond. La seule façon d’en avoir le cœur net, c’est de vivre la chose de l’intérieur. Montez sur scène, tentez les premiers tests, et vous saurez, bien mieux qu’avec n’importe quelle explication, où s’arrête la mise en scène et où commence le réel.
C’est tout le sel de la question de mon spectateur qui rêvait d’être payé. Il cherchait la combine, le petit arrangement, le truc caché derrière le rideau. Il n’y en a pas. Il y a un phénomène bien réel, une bonne dose de mise en scène pour l’habiller, et des volontaires aussi surpris que la salle de ce qui vient de leur arriver.
Envie de juger par vous-même, ou d’offrir à vos invités ce moment où le doute bascule ? Le spectacle s’adapte à chaque occasion, mariage, anniversaire, séminaire d’entreprise ou soirée en camping. Décrivez-moi votre projet et vous recevrez un devis sous 24 heures.


